Muriel Morot

Aux origines du projet
February 5, 2021
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Comment a démarré le projet?

 

Par hasard! Mi-août 2019, en visitant la cabane d’un berger monté en estive, il a mentionné le fait qu’il jetait la laine dont la tonte annuelle représentait un coût financier important pour lui. Le sujet m’est resté à l’esprit et j’ai commencé à me renseigner sur mon temps libre (à l’époque, mon mari et moi avions un restaurant à Paris). Les choses se sont accélérées quand au bout d’1 mois, le berger m’a annoncé qu’il allait procéder à la tonte: pour aller plus loin j’ai décidé de lui acheter sa laine et de commencer les essais. C’est là que l’aventure a vraiment commencé!

J’ai tout d’abord fait laver cette laine (dans l’un des 2 derniers lavoirs à laine en France) puis procédé à plusieurs tests pour faire du fil. Mais ma piste principale a toujours été l’innovation c’est pourquoi un projet de R&D a été lancé avec le CETI, qui nous a permis de mettre au point les premiers prototypes d’isolant laine/PLA en juillet 2020. Je travaille depuis sur l’industrialisation pour une mise sur le marché en mars 2021.

Ceci dit mes arrières grands-parents étaient bergers et ce depuis plusieurs générations, ce n'est donc pas complètement un hasard... Le nom Traille est d'ailleurs mon nom de famille maternel et fait référence au chemin laissé par les animaux dans la montagne quand ils montent paître sur les hauteurs.

 

A quelles problématiques le projet répond-il?

PARTICIPER A LA RELANCE DE LA FILIERE LAINE EN FRANCE

Le premier objectif est de revaloriser les laines du Sud-Ouest produites par l’élevage de brebis laitières. Les bêtes sont tondues au moins une fois par an mais aujourd’hui cette laine n’est pas utilisée comme elle devrait ou pourrait l’être. L’arrivée des matières synthétiques dans les années 70 a déjà affaibli l’attrait pour les laines de France et la mondialisation du marché de la laine, qui laisse de côté les races «rustiques » au profit du Mérinos a accru cette tendance. Pour rappel, nos brebis doivent être tondues pour leur confort, ne sont pas élevées pour leur laine ou leur viande mais pour leur lait qui permet de faire du fromage (Ossau Iraty le plus souvent).

C’est l’inverse qui se passe dans des pays producteurs de laine et en particulier le champion, l’Australie (350000T de laine par an). Des croisements de moutons merinos ont été réalisés afin de créer des races capables de produire de plus en plus de laine, toujours plus fine. Les moutons sont élevés dans des conditions qui sont loin de correspondre aux normes européennes (l’exemple le plus connu est celui du museling, pratique demutilation à vif des moutons). Mais le merinos a changé la donne du marché mondial et est aujourd’hui incontournable.

Peu à peu, la France a perdu de nombreux savoir-faire indispensables à la transformation de sa laine : lavage, cardage, peignage, filage, tissage,... Toutes les étapes ont été affaiblies et seulement 4% de la laine française est transformée sur notre territoire. Heureusement des initiatives locales et nationales (comme le projet Tricolor) visent à redynamiser toute la chaîne de production et méritent d’être soutenues. En effet, la laine a de nombreuses propriétés naturelles : elle est thermo-régulante, isolante, antibactérienne, biodégradable, renouvelable, elle capte les odeurs, elle est hydrophobe mais aussi capable d’absorber un gros volume d’eau sans sensation d’humidité. En bref, elle a de nombreux atouts qui ne demandent qu’à êt remis en avant.

 En attendant, la laine est trop souvent considérée comme un déchet. Rien qu’au niveau du Pays basque 2000 tonnes sont jetées, brûlées ou enfouies chaque année et seule une très petite quantité est valorisée et trouve des débouchés. Cela impacte fortement les bergers pour qui la tonte représente un coût financier important. L’un des objectifs de Traille est de leur acheter la laine à un prix acceptable et d’œuvrer à la construction d’une filière bénéfique à tous.

 

LA NECESSITE DE PROPOSER DES MATIERES PLUS RESPONSABLES

Nous souhaitons également apporter des solutions à l’industrie de la mode, qui est en recherche de solutions de sourcing plus vertueux. Deuxième industrie plus polluante au monde, ce secteur concentre 4%des émissions mondiales de gaz à effet de serre ce qui représente l’équivalent des émissions de la France, de l’Allemagne et de l’Angleterre réunies. La production des matières représente 38% de ces émissions.

Il faut donc trouver des solutions plus vertueuses, et vite.

Ainsi, les matières plus naturelles et/ou produites localement deviennent un véritable critère d’achat pour les consommateurs.Les grandes instances de régulation internationales poussent aussi en ce sens et les plus grandes marques ont pris des engagements forts sur le sujet (comme dans le Fashion Pact du G7 2019).

Il est cependant compliqué pour ces marques d’acheter des matières ayant assez de traçabilité pour garantir une production véritablement responsable. Ainsi le scandale du coton BCI (Better Cotton Initiative), révélé en 2017, a montré que la réalité de la filière ne correspondait pas du tout à ce qui était communiqué à leurs acheteurs et aux consommateurs.

A l'inverse, Traille a vocation à fournir une totale transparence sur toute sa chaîne de production.

 

Quels sont les valeurs et engagements du projet ?

 

INNOVATION, TRANSPARENCE, EQUILIBRE

Tels sont les 3 piliers de Traille qui promeut l’innovation pour valoriser au mieux cette laine et lui trouver une place à la hauteur de ses qualités naturelles. Nous consacrons notre énergie à faire évoluer les savoir-faire pour répondre aux besoins actuels notamment environnementaux et proposer aux marques des alternatives naturellement performantes.

L’objectif est également de proposer aux marques un fournisseur le plus local possible, parfaitement traçable, chaque étape de fabrication étant totalement transparente pour les marques et les consommateurs.

Enfin, le projet s’inspire au quotidien du pastoralisme, ce mode de vie en communion avec la Nature qui promeut une idée très simple : ne prendre que ce dont nous avons besoin.

 

L’INNOVATION DE NOS PRODUITS

Aujourd’hui, pour isoler leurs vêtements (vestes, parkas notamment), les marques ont le choix entre du duvet ou des matières pétrosourcées comme le polyester. D’une part le duvet pose des problèmes de souffrance animale, même si les pratiques sont de plus en plus encadrées.D’autre part le polyester crée de la pollution en étant issu du pétrole. Les alternatives recyclées sont évidemment plus vertueuses car ne nécessitent pas la création d’une nouvelle matière mais ne résolvent pas le problème des micro plastiques et ne sont pas biodégradables.

Par ailleurs ces matières sont très peu produites enEurope ce qui ne permet pas de dynamiser le tissu économique local et accroît les émissions de carbone dues au transport.

Ainsi, Traille propose une alternative française, naturelle et tout aussi performante. Les isolants sont soit 100% laine soit 85% laine auxquels nous rajoutons 15% de PLA (amidon de maïs bio sourcé et compostable) afin de solidifier la matière et lui apporter plus de gonflant.

 

NOS ENGAGEMENTS ENVIRONNEMENTAUX

Des engagements RSE forts guident le projet, des grands principes aux petits détails. Nos choix en matière de fabrication sont tournés vers la durabilité et le local et nous essayons au quotidien de faire des choix responsables. Par exemple, notre packaging (en carton recyclé) a été réfléchi pour utiliser le moins de matière et d’encre possible. Nous faisons appel à Hipli, une solution de colis réutilisable pour envoyer nos échantillons ce qui permet également de sensibiliser les marques à ces solutions plus responsables. Notre espace de stockage et les solutions logistiques sont également gérées par un logisticien éthique appelé Boost.

Afin de renforcer cette démarche nous avons prévu de lancer une ACV pour mesurer précisément notre impact carbone. L’objectif est de fournir aux marques un comparatif précis avec les matières utilisées jusque-là : véritable outil d’aide à la décision mis à disposition des marques, l’ACV permettra également à Traille de mesurer son impact tout au long du projet.

 

Comment le projet a-t-il été accueilli ?

Dès le début le projet a été très favorablement accueilli, et par les marques et par les acteurs de la filière. En effet, toutes les initiatives sont les bienvenues pour multiplier les utilisations de la laine en France et les acteurs locaux soutiennent les entrepreneurs de la filière. Nous avons ainsi bénéficié d’un accompagnement de la CCI Pays basque ainsi que de laRégion Nouvelle-Aquitaine. Cette dernière soutient notamment notre démarche environnementale et d’utilisation de ce « déchet » mais aussi l’innovation du projet. Nous avons également été sélectionnés parmi les participants de la Fabrique Aviva et espérons faire partie des lauréats Fabrique Aviva 2021.

Mais la priorité pour nous est de mener le projet le plus loin possible pour les éleveurs qui méritent d’être valorisés et qui soutiennent fortement le projet Traille. Nous sommes ainsi en train de mettre en place un système qui permettra de reverser une partie de nos ventes à des associations locales œuvrant pour la défense du pastoralisme.

Nous recevons également beaucoup d'encouragements de consommateurs qui ne connaissaient par forcément les problématiques de la laine française et sont heureux de suivre des initiatives comme la nôtre, merci à eux :)